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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/143

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CHAPITRE VII.


DES LOIS DE PERFECTION DANS LA RELIGION.


Les lois humaines faites pour parler à l’esprit doivent donner des préceptes et point de conseils [1] : la religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup de conseils, et peu de préceptes.

Quand, par exemple, elle donne des règles, non pas pour le bien, mais pour le meilleur ; non pas pour ce qui est bon, mais pour ce qui est parfait, il est convenable que ce soient des conseils et non pas des lois ; car la perfection ne regarde pas l’universalité des hommes ni des choses. De plus, si ce sont des lois, il en faudra une infinité d’autres pour faire observer les premières. Le célibat fut un conseil du christianisme : lorsqu’on en fit une loi pour un certain ordre de gens [2], il en fallut chaque jour de nouvelles [3] pour réduire les hommes à l’observation de celle-ci. Le législateur se fatigua, il fatigua la société, pour faire exécuter aux hommes par précepte, ce que ceux qui aiment la perfection auroient exécuté comme conseil.

  1. Nil frigidius quam lex cum prologo, dit le chancelier Bacon ; aut jubeat lex, aut taceat.
  2. Les prêtres et les moines.
  3. Voyez la Bibliothèque des auteurs ecclés. du sixième siècle, tome V, par M. Dupin. (M.)
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