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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/141

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CHAPITRE VI.


AUTRE PARADOXE DE BAYLE.


M. Bayle, après avoir insulté toutes les religions, flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeroient pas un État qui pût subsister[1]. Pourquoi non ? Ce seroient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs, et qui auroient un très-grand zèle pour les remplir ; ils sentiroient très-bien les droits de la défense naturelle ; plus ils croiroient devoir à la religion, plus ils penseroient devoir à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, seroient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies, ces vertus humaines des républiques, et cette crainte servile des États despotiques.

Il est étonnant qu’on puisse imputer à ce grand homme[2] d’avoir méconnu l’esprit de sa propre religion ; qu’il n’ait pas su distinguer les ordres pour l’établissement du christianisme d’avec le christianisme même, ni les préceptes de l’Évangile d’avec ses conseils[3]. Lorsque le législateur,

  1. « M. Bayle avait soutenu qu’une société de chrétiens ne pouvoit pas subsister, et il alléguoit pour cela l'ordre de l'Évangile, de présenter l’autre joue quand on reçoit un soufflet ; de quitter le monde ; de se retirer dans les déserts, etc. » Défense de l'Esprit des lois. Seconde partie.
  2. V. La Défense de l'Esprit des lois, II. Seconde objection.
  3. A. B. Il est étonnant que ce grand homme n'ait pas su distinguer