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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/140

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DE L’ESPRIT DES LOIS.

Dans les pays mêmes où la religion protestante s’établit, les révolutions se firent sur le plan de l’État politique. Luther ayant pour lui de grands princes, n’auroit guère pu leur faire goûter une autorité ecclésiastique qui n’auroit point eu de prééminence extérieure ; et Calvin ayant pour lui des peuples qui vivoient dans des républiques, ou des bourgeois obscurcis dans des monarchies[1], pouvoit fort bien ne pas établir des prééminences et des dignités.

Chacune de ces deux religions pouvoit se croire la plus parfaite ; la calviniste se jugeant plus conforme à ce que Jésus-Christ avoit dit, et la luthérienne à ce que les apôtres avoient fait.

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  1. Calvin, au début, eut pour lui une partie de la noblesse française. S'il porta dans l'établissement de son Église, un esprit démocratique et niveleur, cela ne tint pas seulement à ce qu’il vécut à Genève. La révolution de 1789 nous a appris que cette logique à outrance est dans le caractère des Français.