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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/139

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CHAPITRE V.


QUE LA RELIGION CATHOLIQUE
CONVIENT MIEUX
À UNE MONARCHIE, ET QUE LA PROTESTANTE
S’ACCOMMODE MIEUX D’UNE RÉPUBLIQUE.


Lorsqu’une religion naît et se forme dans un État, elle suit ordinairement le plan du gouvernement où elle est établie : car les hommes qui la reçoivent, et ceux qui la font recevoir, n’ont guère d’autres idées de police [1] que celles de l’État dans lequel ils sont nés [2].

Quand la religion chrétienne souffrit, il y a deux siècles, ce malheureux partage qui la divisa en catholique et en protestante, les peuples du nord embrassèrent la protestante, et ceux du midi gardèrent la catholique.

C’est que les peuples du nord ont et auront toujours un esprit d’indépendance et de liberté que n’ont pas les peuples du midi [3], et qu’une religion qui n’a point de chef visible, convient mieux à l’indépendance du climat que celle qui en a un.

  1. Police est pris ici dans son sens propre et primitif comme synonyme de gouvernement. Nous dirions aujourd’hui : d'autres idées politiques; etc.
  2. C'est ainsi que les premiers chrétiens organiseront leur Église suivant les cadres administratifs de l'Empire romain.
  3. Il faudrait dire d’indépendance et de liberté individuelles, car il serait malaisé de prétendre qu’aujourd’hui, en Europe, les peuples du midi ont moins que ceux du nord le goût de la liberté politique.