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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/135

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CHAPITRE III.


QUE LE GOUVERNEMENT MODÉRÉ CONVIENT MIEUX
À LA RELIGION CHRÉTIENNE
ET LE GOUVERNEMENT DESPOTIQUE
A LA MAHOMÉTANE.


La religion chrétienne est éloignée du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans l’Évangile, elle s’oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se feroit justice, et exerceroit ses cruautés.

Cette religion défendant la pluralité des femmes, les princes y sont moins renfermés, moins séparés de leurs sujets, et par conséquent plus hommes ; ils sont plus disposés à se faire des lois, et plus capables de sentir qu’ils ne peuvent pas tout.

Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. Le prince compte sur ses sujets, et les sujets sur le prince. Chose admirable ! la religion chrétienne, qui ne semble avoir d’objet que la félicité de l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci [1].

  1. Il est impossible de suspecter la sincérité de ce langage. Si Montesquieu ne pensoit pas ce qui a dit, une réserve politique pouvoit l'engager à se taire ; mais rien ne l’engageoit à parler. Remarquez qu'il fait partout dans l'Esprit des Lois, et en termes très-expressifs l'éloge de cette même religion qu'il avait si légèrement traitée, dans sa jeunesse. Il ne la recommande pas seulement comme le plus parfait système religieux, mais comme le plus puissant de tous les soutiens du système social, et réfute solidement ceux qui en ont méconnu l’utilité et la solidité. (LA HARPE.)