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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/133

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CHAPITRE II.


PARADOXE DE BAYLE.


M. Bayle [1] a prétendu prouver qu’il valoit mieux être athée qu’idolâtre ; c’est-à-dire, en d’autres termes, qu’il est moins dangereux de n’avoir point du tout de religion, que d’en avoir une mauvaise. « J’aimerois mieux, dit-il, que l’on dit de moi que je n’existe pas, que si l'on disoit que je suis un méchant homme. » Ce n’est qu’un sophisme, fondé sur ce qu’il n’est d’aucune utilité au genre humain que l’on croie qu’un certain homme existe, au lieu qu’il est très-utile que l’on croie que Dieu est. De l’idée qu’il n’est pas, suit l’idée de notre indépendance ; ou, si nous ne pouvons pas avoir cette idée, celle de notre révolte. Dire que la religion n’est pas un motif réprimant, parce qu’elle ne réprime pas toujours, c’est dire que les lois civiles ne sont pas un motif réprimant non plus. C’est mal raisonner contre la religion, de rassembler [2] dans un grand ouvrage une longue énumération des maux qu’elle a produits, si l’on ne fait de même celle des biens qu’elle a faits. Si je voulois raconter tous les maux qu’ont produits dans monde les lois civiles, la monarchie, le gouvernement républicain, je dirois des choses effroyables [3]. Quand il se-

  1. Pensées sur la comète, etc. Continuation des pensées, etc. Tome II, (M.)
  2. A. Que de rassembler, etc.
  3. La même pensée se trouve dans Cicéron, de legibus, Liv. III, c. XXIII.