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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/121

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CHAPITRE XXIV.


CHANGEMENTS ARRIVES EN EUROPE PAR RAPPORT
AU NOMBRE DES HABITANTS.


Dans l'état où étoit l'Europe, on n’auroit pas cru qu’elle pût se rétablir ; surtout lorsque, sous Charlemagne, elle ne forma plus qu’un vaste empire. Mais, par la nature du gouvernement d’alors, elle se partagea en une infinité de petites souverainetés. Et, comme un seigneur résidoit dans son village ou dans sa ville ; qu’il n’étoit grand, riche, puissant, que dis-je, qu’il n’était en sûreté que par le nombre de ses habitants, chacun s’attacha avec une attention singulière à faire fleurir son petit pays : ce qui réussit tellement, que, malgré les irrégularités du gouvernement, le défaut des connoissances qu’on a acquises depuis sur le commerce, le grand nombre de guerres et de querelles qui s’élevèrent sans cesse, il y eut dans la plupart des contrées d’Europe plus de peuple qu’il n’y en a aujourd’hui [1].

Je n’ai pas le temps de traiter à fond cette matière ; mais je citerai les prodigieuses armées des croisés, composées de gens de toute espèce. M. Pufendorff dit [2] que

  1. La question soulevée par Montesquieu n’est point résolue ; elle mérite l'examen ; nous n’avons que des données très-vagues sur la population des différents pays de l’Europe au moyen âge.
  2. Histoire de l'univers, ch. V, de la France. (M.) Ce chiffre demanderait à être examiné de près. Il n’est aucunement prouvé que la France de Charles IX fût plus peuplée que celle de Louis XIV.