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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/117

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LIVRE XXIII, CHAP. XXI.


Il n’y a point de loi qui contienne une abrogation expresse des privilèges et des honneurs que les Romains païens avoient accordés aux mariages et au nombre des enfants ; mais là où le célibat avoit la prééminence, il ne pouvoit plus y avoir d’honneur pour le mariage ; et, puisque l'on put obliger les traitants à renoncer à tant de profits par l’abolition des peines, on sent qu’il fut encore plus aisé d’ôter les récompenses.

La même raison de spiritualité qui avoit fait permettre le célibat, imposa bientôt la nécessité du célibat même. A Dieu ne plaise que je parle ici contre le célibat qu’a adopté la religion [1] ; mais qui pourroit se taire contre celui qu’a formé le libertinage ; celui où les deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une union qui doit les rendre meilleurs, pour vivre dans celle qui les rend toujours pires ?

C’est une règle tirée de la nature que, plus on diminue le nombre des mariages qui pourroiènt se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits ; moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages ; comme lorsqu’il y a plus de voleurs, il y a plus de vols.

  1. Inf. Livre XXV, ch. IV. Défense de l'Esprit des lois, seconde partie : Célibat.
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