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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/105

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LIVRE XXIII, CHAP. XXI.


pour les plaisirs de l'innocence. C’est l’esprit de cette [1] harangue que Metellus Numidicus fit au peuple dans sa censure. « S’il étoit possible de n’avoir point de femme, nous nous délivrerions de ce mal ; mais comme la nature a établi que l’on ne peut guère vivre heureux avec elles, ni subsister sans elles, il faut avoir plus d’égard à notre conservation qu’à des satisfactions passagères. »

La corruption des mœurs détruisit la censure, établie elle-même pour détruire la corruption des mœurs ; mais lorsque cette corruption devint générale, la censure n’eut plus de force [2].

Les discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions, affoiblirent plus Rome qu’aucune guerre qu’elle eût encore faite : il restoit peu de citoyens [3], et la plupart n’étoient pas mariés. Pour remédier à ce dernier mal. César et Auguste rétablirent la censure, et voulurent [4] même être censeurs. Ils firent divers règlements : César [5] donna des récompenses à ceux qui avoient beaucoup d’enfants ; il défendit [6] aux femmes qui avoient moins de quarante-cinq ans, et qui n’avoient ni maris ni enfants, de porter des pierreries, et de se servir de litières : méthode excellente d’attaquer le célibat par la vanité. Les lois d’Auguste [7] furent plus pressantes ; il imposa [8] des peines nouvelles à ceux

  1. Elle est dans Aulugelle, liv. I, c. VI. (M.)
  2. Voyez ce que j'ai dit an liv. V, c. XIX. (M.)
  3. César, après la gnerre civile, ayant fait faire le cens, il ne s'y trouva que cent cinquante mille chefs de famille. Épitome de Florus sur Tite-Live, deuxième décade. (M.)
  4. Voyez Dion, liv. XLIII, et Xiphil., in August. (M.)
  5. Dion, liv. XLIII, c. XXV ; Suétone, Vie de César, c. XX ; Appien, liv. I, de la guerre civile. (M.)
  6. Eusèbe, dans sa Chronique. (M.) Suétone, Vie de César, c. XLIII.
  7. Dion, liv. LIV, c. XVI. (M.)
  8. L'an 736 de Rome. (M.)