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DES ROMAINS, CHAP. XV.


contre Galba, qui leur disait avec courage qu’il ne savait pas les acheter, mais qu’il savait les choisir[1].

Galba, Othon[2], Vitellius, ne firent que passer. Vespasien fut élu comme eux par les soldats. Il ne songea, dans tout le cours de son règne[3], qu’à rétablir l’empire, qui avait été successivement occupé par six tyrans également cruels, presque tous furieux, souvent imbéciles et, pour comble de malheur, prodigues jusqu’à la folie.

Tite, qui lui succéda, fut les délices du peuple romain. Domitien fit voir un nouveau monstre, plus cruel ou, du moins, plus implacable que ceux qui l’avaient précédé, parce qu’il était plus timide.

Ses affranchis les plus chers et, à ce que quelques-uns ont dit, sa femme même, voyant qu’il était aussi dangereux dans ses amitiés que dans ses haines, et qu’il ne mettait aucunes bornes à ses méfiances ni à ses accusations, s’en défirent. Avant de faire le coup, ils jetèrent les yeux sur un successeur et choisirent Nerva, vénérable vieillard.

Nerva adopta Trajan, prince le plus accompli dont l’histoire ait jamais parlé. Ce fut un bonheur d’être né sous son règne : il n’y en eut point de si heureux ni de si glorieux pour le peuple romain. Grand homme d’État, grand capitaine, ayant un cœur bon, qui le portait au bien, un esprit éclairé, qui lui montrait le meilleur, une âme noble, grande, belle, avec toutes les vertus, n’étant extrême sur aucune, enfin, l’homme le plus propre

  1. Tacite, Hist., liv. I, C. V. Accessit Galbae vox pro republica honesta, ipsi anceps, legi a se militem, non emi.
  2. Suscepere duo manipulares imperium populi romani transferendum, et transtulerunt. Tacite, Hist., I, ch. XXV. (M.)
  3. A : dans tout le temps de son règne.