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LETTRE LXXXI.




LETTRE LXXXI.


NARGUM, ENVOYÉ DE PERSE EN MOSCOVIE, A USBEK.


A PARIS.


De toutes les nations du monde, mon cher Usbek, il n’y en a pas qui ait surpassé celle des Tartares, par la gloire, ou par la grandeur des conquêtes. [1] Ce peuple est le vrai dominateur de l’univers : tous les autres semblent être faits pour le servir ; il est également le fondateur et le destructeur des empires ; dans tous les temps, il a donné sur la terre des marques de sa puissance ; dans tous les âges, il a été le fléau des nations.

Les Tartares ont conquis deux fois la Chine, et ils la tiennent encore sous leur obéissance.

Ils dominent sur les vastes pays qui forment l’empire du Mogol.

Maîtres de la Perse, ils sont assis sur le trône de Cyrus et de Gustaspe. [2] Ils ont soumis la Moscovie. Sous le nom de Turcs, ils ont fait des conquêtes immenses dans l’Europe, l’Asie et l’Afrique ; et ils dominent sur ces trois parties de l’univers.

  1. A. C. Qui ait surpassé les Tartares, ni en gloire, ni dans la grandeur des conquêtes.
  2. Sup., lettre LXVII.