Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/98

Cette page n’a pas encore été corrigée


de cette vérité idéale qui ramasse en un seul fait, inexact en lui-même, une série d’événements, et qui résume en un mot, apocryphe comme presque tous les mots historiques, toute une situation. On a souvent raconté que Taine, après son échec, avait été nommé suppléant de sixième au collège de Toulon, et qu’il avait donné sa démission au ministre par ces simples mots : « Pourquoi pas au bagne ? » En 1851, les professeurs ne correspondaient pas dans ce style avec les ministres et Taine moins que tout autre ; mais il n’en est pas moins vrai que l’Université, pendant cette triste année 1851-1852, ressembla quelque peu à un bagne et que plusieurs normaliens, qui pourtant lui étaient profondément attachés, furent contraints de s’en évader. De ce nombre fut Taine. L’histoire de ses tribulations est bonne à raconter, ne fût-ce que pour faire apprécier aux Français d’aujourd’hui les libertés dont ils jouissent.

Le ministre de l’Instruction publique, M. Dombidau de Crouseilhes, ne paraît pas avoir jugé le candidat malheureux aussi sévèrement que le jury, car il le pourvut d’un poste de philosophie. Chargé, le 6 octobre 1851, à titre provisoire, du cours de philosophie au collège de Toulon, Taine n’eut pas à occuper ce poste ; il