Ouvrir le menu principal

Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/88

Cette page n’a pas encore été corrigée


il avait l’autorisation de prendre ses repas le vendredi, étant dispensé du maigre pour raison de santé ; mais c’était surtout pour y retrouver deux philosophes qui y avaient élu domicile : Challemel-Lacour et Charaux, l’un, libre-penseur et républicain fougueux, l’autre, croyant candide et paisible ; ou pour y soutenir des discussions courtoises avec l’abbé Gratry, aumônier de l’École, ou pour y causer avec le jeune médecin, M. Guéneau de Mussy. Passionné pour la musique, il passait ses matinées du dimanche à exécuter des trios avec Rieder et Quinot, qui tenaient le violon et le violoncelle pendant que lui-même était au piano. Il avait déjà pour Beethoven cet enthousiasme religieux qui lui a inspiré les admirables pages par lesquelles se termine Thomas Graindorge. Il retrouvait dans les sonates de Beethoven cette puissance de construction qui était à ses yeux la marque suprême du génie. « C’est beau comme un syllogisme », s’écriait-il après avoir joué une sonate. Enfin, quand il allait retrouver sa mère et ses sœurs, qui étaient restées à Paris, il arrivait tout rempli de ses lectures et de ses pensées et leur donnait de véritables leçons, soit sur la philosophie, soit sur la littérature, en particulier sur les