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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/85

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devant lui ; mais on était subjugué par cette force de réflexion et de pensée, par cette pénétration critique d’une clairvoyance impitoyable, bien qu’exempte de malveillance et d’ironie. Dans les premiers temps, About menait toute la section par sa verve endiablée, par son esprit railleur toujours en éveil ; il était l’absorbant, comme on disait, et les autres les absorbés ; mais bientôt About subit l’ascendant irrésistible de ce logicien pressant, doux et obstiné, et l’on déclara qu’il fallait le ranger désormais parmi les absorbés de ce nouvel et plus puissant absorbant.

Personne n’a jamais joui du séjour à l’École normale au même degré que Taine. Il éprouva jusqu’à l’enivrement le plaisir de sentir autour de soi « des esprits hardis, ouverts, jeunes, excités par des études et un contact perpétuels[1] », et le plaisir de travailler, de penser et de discuter sans entrave et sans trêve.

« J’ai un encombrement de travaux de toute sorte, écrit-il à Paradol, le 20 mars 1849. Compte d’abord les devoirs officiels exigés de grec, philosophie, histoire, latin, français ;

  1. Lettre à Paradol du 30 octobre 1851.