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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/69

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Il faut l’avoir peu ou mal lu pour le juger ainsi. Il a eu simplement la sincérité de reconnaître que, dans des œuvres de synthèse, on ne peut appliquer partout la même méthode. Quand on doit raconter une période ou la biographie d’un personnage pour lesquelles les documents positifs font défaut, l’histoire a le droit de reconstituer par divination « une des manières dont les choses ont pu être ». Renan a toujours averti quand il procédait ainsi, qu’il s’agit des origines d’Israël, de la vie du Christ[1] ou de celle de Bouddha. Mais, quand il s’agit de décrire le milieu social et intellectuel où s’est développé le christianisme, ou d’étudier les œuvres des hommes du moyen âge, ou d’établir des textes, il a été le plus scrupuleux comme le plus pénétrant des critiques. Personne n’a mieux parlé que lui des

  1. Voici en quels termes il défendait, le 28 août 1863, son procédé de reconstitution historique : « Je ne crois pas que cette façon de tâcher de reconstituer les physionomies originales du passé, soit si arbitraire que vous semblez le croire. Je n’ai pas vu le personnage ; je n’ai pas vu sa photographie ; mais nous avons une foule de détails de son signalement. Tâcher de grouper cela en quelque chose de vivant, n’est pas si arbitraire que le procédé tout idéal de Raphaël ou du Titien. Quant au charme de Jésus, il a dû principalement se distinguer par là, bien plus que par la raison ou même par la grandeur. Ce fut avant tout un charmeur… »