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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/61

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dans une politesse parfois un peu dédaigneuse, ne l’empêchait pas, toutes les fois qu’une cause grave était en jeu, de maintenir très fermement son opinion. Il savait être ferme pour défendre ce qu’il croyait juste ; il avait fait assez de sacrifices à ses convictions pour avoir le droit de ne pas se fatiguer dans des discussions inutiles. Il avait horreur de la polémique. Elle lui paraissait contraire à la politesse, à la modestie, à la tolérance, à la sincérité, c’est-à-dire aux vertus qu’il estimait entre toutes. Il savait, du reste, admirablement, par des comparaisons charmantes, exprimer les nuances les plus rares de ses sentiments. Un jour, dans un dîner d’amis, un convive, en veine de paradoxe, soutenait que la pudeur est une convention sociale, un peu factice, qu’une jeune fille très pudique n’aurait aucune gêne à être nue si personne ne la voyait. « Je ne sais, dit Renan. L’Église enseigne qu’auprès de chaque jeune fille se tient un ange gardien. La vraie pudeur consiste à craindre d’offusquer même l’œil des anges. »