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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/328

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grecs et anglais parce que M. Villemain, à qui il en a parlé, a prononcé le mot de mercantilisme. Il se refuse à faire trop vite usage d’une science de fraîche date ; il sait que les fruits des arbres qui produisent trop vite n’ont ni couleur ni saveur ; il veut laisser au vin le temps d’achever sa fermentation dans la cuve. « Ne vous pressez pas de partir, dit-il aux bourgeons de son jardin en pensant à lui-même, demain la neige et la gelée vous ressaisiront. Dormez plutôt bien tranquilles jusqu’à ce que l’heure du vrai réveil soit venue. » Il savait que l’heure du réveil viendrait, et il ne faut pas prendre au pied de la lettre les passages où il parle avec trop de modestie de la « médiocrité » de son esprit ou de la « froideur » de son style. J’y vois bien plutôt l’aveu d’une ambition que l’expression d’un regret. Tout dans sa conduite et dans ses paroles, sa fierté vis-à-vis de ses supérieurs, la rigueur des règles qu’il s’impose, respire la conscience de sa force et la foi dans sa destinée.

La discipline morale à laquelle il se plie n’est pas moins digne d’admiration que la méthode de travail qu’il s’impose et elle nous montre son caractère sous un jour singulièrement touchant. J’ai déjà dit comment il était