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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/320

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son perfectionnement moral, ses idées sur l’amitié et sur la mort. Son admiration pour son ami était telle qu’il le voulait parfait, et qu’il désirait être lui-même parfait pour être digne de lui. S’améliorer mutuellement, tel est le but que se proposent dans leurs conversations et dans leurs lettres ces deux jeunes sages de vingt et de vingt-deux ans, et nul doute qu’ils aient puisé dans leurs entretiens mutuels cette haute conception de l’amour, cette horreur de toute frivolité, ce goût de la solitude « qui leur a donné l’amour du bien ». Poinsot mort, Michelet n’a plus eu d’ami, j’entends d’ami uniquement aimé. Poret, « son bon ourson », lui était trop inférieur. Quinet fut un compagnon d’armes plutôt qu’un ami. Mais l’amitié resta pour Michelet un sentiment sacré entre tous. Il se reconnaît une seule supériorité sur les autres historiens contemporains, c’est « d’avoir aimé davantage », parce que pour lui « l’enseignement fut l’amitié ». Il nous montre les communes de Flandre fondées sur l’amitié. La Révolution se résumait pour lui dans les fédérations, et les fédérations étaient la grande Amitié.

Enfin la perte de Poinsot a enraciné et approfondi en lui un sentiment qui y était