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d’une épopée, et de la prédication enflammée d’un apôtre.

Si à cette époque le côté lyrique, imaginatif et mystique de son talent prit un développement excessif, on doit l’attribuer en partie aux circonstances politiques, aux agitations religieuses et sociales qui ont précédé la Révolution de 1848, mais aussi au théâtre nouveau où son enseignement était transporté depuis 1838, au Collège de France. Là, avec ses collègues Quinet et Mickiewicz, il formait une sorte de triumvirat professoral ; entouré d’une jeunesse ardente, plus avide d’émotions que de science, pénétré de la gravité des temps, il se crut appelé à une sorte d’apostolat social et moral. Il en sortit des œuvres d’une rare éloquence, pleines d’aperçus ingénieux et profonds ; son génie ne perdit rien de son éclat et de sa puissance, mais la sérénité et l’équilibre de son esprit furent troublés. Les onze derniers volumes de son Histoire de France sont moins une histoire complète et suivie qu’une série d’aperçus tantôt brillants, tantôt profonds sur les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. De plus il s’était fait dans son esprit une réaction excessive contre le moyen âge, contre le catholicisme et contre la royauté, et l’on ne trouve pas dans