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universelle où il esquissait en traits rapides et vigoureux la physionomie de chaque civilisation et de chaque époque, et d’études de détail sur quelques points spéciaux, par lesquelles il initiait ses élèves aux recherches d’érudition et aux règles de la critique. Il joignait à ses leçons des conseils pratiques à ses élèves sur la manière dont ils devaient comprendre leur tâche de professeurs, et profiter de leur séjour dans les lycées de province pour y étudier, selon les ressources qu’offrirait leur résidence, soit les archives, soit l’histoire locale, soit l’archéologie, soit même les patois. Il prenait plaisir à connaître l’origine et le lieu de naissance des jeunes gens qu’il avait devant lui et en qui il voyait comme un abrégé de la France. Il se donnait tout entier à ses élèves, et à leur tour ses élèves ont eu sur lui une influence bienfaisante. « Ils m’ont rendu, dit-il, sans le savoir, un service immense. Si j’avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutient à côté de mes illustres prédécesseurs, je le devrais à l’enseignement, qui pour moi fut l’amitié. Ces grands historiens ont été brillants, judicieux, profonds. Moi, j’ai aimé davantage. » — Il ajoute : « J’ai souffert davantage aussi. Les épreuves de mon enfance me sont toujours