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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/284

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décrire les objets par le son et par le rythme. Tous les grands écrivains sont plus ou moins musiciens, les poètes surtout. Mais la plupart adoptent une certaine allure constante, une certaine mélodie de phrase qui charme doucement l’oreille et fait dire de leur style : « C’est une musique. » Il en est ainsi de Lamartine. La phrase de George Sand, celle de Cousin, font aussi une impression musicale ; mais chez Lamartine la mélodie toujours également ample, sonore, engendre la monotonie ; chez George Sand ou Cousin, l’harmonie musicale de la phrase est subordonnée aux autres qualités du style. Cette harmonie est, au contraire, la première préoccupation de Michelet ; chez lui les mots sont toujours disposés, combinés, de façon à produire un rythme, une harmonie parfaitement d’accord avec le caractère de la pensée et aussi variés que la pensée elle-même. Son style est comme la notation musicale de sa pensée ; il en suit tous les mouvements, les allées et les retours, les secousses, les saillies ; de là cette variété infinie de rythme ; ces phrases tantôt amples et cadencées, tantôt brèves et saccadées, où les mots agissent à la fois sur l’oreille et sur l’esprit par leur son et par leur sens. Michelet avait besoin de calme et