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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/182

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Cela nous fait comprendre comment ce grand logicien a été en même temps un grand peintre, comment s’est formé ce style si personnel, où la vigueur du coloris et de l’imagination s’allie à la rigueur du raisonnement, où chaque touche du pinceau du peintre est un élément indispensable de la démonstration du philosophe. L’imagination même de Taine est d’un genre particulier. Elle n’est, comme je l’ai dit, ni sentimentale ni rêveuse. Elle n’a pas ces éclairs inattendus, ces visions soudaines qui, chez un Shakspeare, illuminent tout à coup les fonds mystérieux de l’âme ou de la nature ; ce n’est pas une imagination suggestive et révélatrice, c’est une imagination descriptive et explicative. Elle nous fait voir les choses avec tout leur relief, toute leur intensité colorée, et, par des comparaisons longuement poursuivies où se retrouve toute la puissance d’analyse du logicien, elle nous aide à classer les faits et les idées. Son imagination n’est que le vêtement somptueux de sa dialectique. On a prétendu que le style coloré que nous admirons en lui ne lui était pas naturel, qu’en entrant à l’École normale on lui reprochait son style terne et abstrait ; qu’il s’est créé un style nouveau, à force d’étude et de