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moléculaires. On remonte ainsi à travers une série de faits sensibles à une action mécanique initiale. De plus, pour lui, et c’est là ce qui le distingue des purs positivistes, le fait et la cause sont identiques. Tandis que le positiviste se contente d’analyser les faits, de constater leur concomitance ou leur succession sans prétendre saisir aucun rapport certain de causalité, Taine, au nom de son déterminisme absolu, voit dans chaque fait un élément nécessaire d’un groupe de faits de même nature qui le détermine et qui en est la cause. Chaque groupe de faits est à son tour conditionné par un groupe plus général qui est aussi sa cause, et on pourrait théoriquement remonter de groupe en groupe jusqu’à une cause unique qui serait la condition de tout ce qui existe. Dans cette conception, la force, l’idée, la cause, le fait arrivent à se confondre, et, si Taine avait cru pouvoir s’élever jusqu’à la métaphysique, j’imagine que cette métaphysique aurait été un mécanisme monistique dans lequel les phénomènes du monde sensible et les idées du moi pensant n’auraient été que les apparences successives que prennent pour nos sens les manifestations de l’être en soi, de l’idée en soi ; de l’acte en soi.