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Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/14

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des disciples dont les hommages étaient pour lui une amertume et presque un remords.

J’aurais pu sans doute insister plus que je ne l’ai fait sur les imperfections de leurs œuvres et sur les limites de leur génie ; mais il me semble que j’aurais alors altéré la vérité du portrait que je voulais tracer d’eux. Au lieu de m’attarder à dire ce qu’ils n’ont pas fait et ce qu’ils n’ont pas été, j’ai cherché à montrer ce qu’ils ont été et ce qu’ils ont voulu faire. Connaissant personnellement leur valeur morale, j’ai cherché à leurs doctrines et à leurs actes, des explications naturelles, légitimes et élevées, même à ce qui pouvait me surprendre ou me choquer en eux. Les sachant incapables de céder sciemment à des motifs frivoles ou bas, j’ai cru en agissant ainsi faire œuvre d’équité. En présence d’hommes supérieurs, la sympathie est la voie la plus sûre pour comprendre ; et l’œuvre la plus utile de la critique est d’expliquer en quoi les grands hommes ont été grands, les ressorts secrets de leur génie, les motifs légitimes de leur influence. Ce n’est que longtemps après leur mort, quand le temps a mis chaque chose à son rang, qu’on peut discerner les défauts, les lacunes, les défaillances qui ont rendu certaines parties de leur œuvre caduques ou nuisibles. Et même alors, n’est-ce pas sur les parties durables