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gâté par l’École, écrivait-il à Paradol, le 30 octobre 1851, nous ne la retrouverons nulle part. Je suis comme mort. Plus de conversations ni de pensées… Éloigné de l’École, je languis loin de la liberté et de la science. »

Ce fut bien pis un mois plus tard, quand le coup d’État du 2 décembre eut été consommé. Tous les professeurs de l’Université étaient devenus des suspects. Un grand nombre étaient mis en disponibilité ou révoqués, d’autres prenaient les devants et donnaient leur démission. Taine démontra à Paradol, qui voulait suivre ce dernier parti, qu’après le plébiscite du 10 décembre, l’acceptation silencieuse du nouveau régime était un devoir. Le suffrage universel était la seule base du droit politique

    dit Michelet, la face pâle de Jésus crucifié. On masque et on défigure le monde passé, et il n’y a que ceux qui ont vécu dans les poudreux in-folios des Pères, qui le connaissent dans toute son horreur. Les Jansénistes sont les vrais écrivains du christianisme… Ce sont les fidèles disciples de saint Augustin et de saint Paul, et Pascal, en homme sincère, parle comme eux de cette masse de perdition, de cette prédestination fatale, de cette infection de la nature humaine. Nous frissonnons en lisant Dante, et le Dante est doux et modéré, en comparaison des effroyables traités de saint Augustin sur la Grâce, et de cette dialectique invincible qui précipite le monde dans l’Enfer. Je ne sais si vous y avez pensé, mais votre livre est un admirable traité de polémique. »