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le suivre, et l’on dit qu’il a un caractère pour se faire aimer de toutes les femmes.

ORONTE.

Allons, vite à la justice ! Des archers après eux !


Scène IX.

ORONTE, ÉRASTE, JULIE, SBRIGANI.
ÉRASTE, à Julie.

Allons, vous viendrez malgré vous, et je veux vous remettre entre les mains de votre père. Tenez, monsieur, voilà votre fille que j’ai tirée de force d’entre les mains de l’homme avec qui elle s’enfuyoit ; non pas pour l’amour d’elle, mais pour votre seule considération. Car, après l’action qu’elle a faite, je dois la mépriser, et me guérir absolument de l’amour que j’avois pour elle.

ORONTE.

Ah ! infâme que tu es !

ÉRASTE, à Julie.

Comment ! me traiter de la sorte après toutes les marques d’amitié que je vous ai données ! Je ne vous blâme point de vous être soumise aux volontés de monsieur votre père ; il est sage et judicieux dans les choses qu’il fait ; et je ne me plains point de lui, de m’avoir rejeté pour un autre. S’il a manqué à la parole qu’il m’avoit donnée, il a ses raisons pour cela. On lui a fait croire que cet autre est plus riche que moi de quatre ou cinq mille écus ; et quatre ou cinq mille écus est un denier considérable, et qui vaut bien la peine qu’un homme manque à sa parole : mais oublier en un moment toute l’ardeur que je vous ai montrée ! vous laisser d’abord enflammer d’amour pour un nouveau venu et le suivre honteusement, sans le consentement de monsieur votre père, après les crimes qu’on lui impute ! c’est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d’assez sanglants reproches.

JULIE.

Hé bien ! oui. J’ai conçu de l’amour pour lui, et je l’ai voulu suivre, puisque mon père me l’avoit choisi pour époux. Quoi que vous médisiez, c’est un fort honnête homme ; et tous les crimes dont on l’accuse sont faussetés épouvantables.