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ORONTE.

Je ne saurois m’empêcher de pleurer, (À monsieur de Pourceaugnac.) Allez, vous êtes un méchant homme.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Je ne connois rien à tout ceci.


Scène IX.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC, NÉRINE, LUCETTE, ORONTE.
NÉRINE, contrefaisant une Picarde.

Ah ! je n’en pis plus ; je sis toute essoflée ! Ah ! finfaron, tu m’as bien fait courir : tu ne m’écaperas mie. Justiche, justiche ! je boute empêchement au mariage, (À Oronte.) Chés mon méri, monsieur, et je veux faire pindre che bon pindard-là.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Encore !

ORONTE, à part.

Quel diable d’homme est-ce-ci ?

LUCETTE.

Et que boulez-bous dire, ambe bostre empachomen et bostro pendarie ? Quaquel homo es bostre marit[1] ?

NÉRINE.

Oui, medéme, et je sis sa femme.

LUCETTE.

Aquos es faus, aquos yeu que soun sa fenno, et se deu estre pendut, aquo sera yeu que l’ou farai pendat[2].

NÉRINE.

Je n’entains mie che baragoin-là.

LUCETTE.

Yeu bous disi que yeu soun sa fenno[3].

    tout ce que je te dis n’est que trop vrai ; et plût au ciel que cela ne fût pas, et que tu m’eusses laissée dans l’état d’innocence et dans la tranquillité où mon âme vivait avant que tes charmes et tes tromperies m’en vinssent malheureusement faire sortir ! je ne serais point réduite à faire le triste personnage que je fais présentement, à voir un mari cruel mépriser toute l’ardeur que j’ai eue pour lui, et me laisser sans aucune pitié à la douleur mortelle que j’ai ressentie de ses perfides action.

  1. Et que voulez-vous dire avec votre empêchement et votre pendaison ? Cet homme est votre mari ?
  2. Cela est faux, et c’est moi qui suis sa femme ; et s’il doit être pendu, ce sera moi qui le ferai pendre.
  3. Je vous dis que je suis sa femme.