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Mascarille

Avez-vous remarqué ce commencement Oh ! oh voilà qui est extraordinaire, oh ! oh ! comme un homme qui s’avise tout d’un coup, oh ! oh ! La surprise, oh ! oh !

Magdelon

Oui, je trouve ce oh ! oh ! admirable.

Mascarille

Il semble que cela ne soit rien.

Cathos

Ah ! mon Dieu ! que dites-vous là[1] ? Ce sont là de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer.

Magdelon

Sans doute ; et j’aimerois mieux avoir fait ce oh ! oh ! qu’un poème épique.

Mascarille

Tudieu ! vous avez le goût bon.

Magdelon

Hé ! je ne l’ai pas tout à fait mauvais.

Mascarille

Mais n’admirez-vous pas aussi je n’y prenois pas garde ? je n’y prenois pas garde, je ne m’apercevois pas de cela ; façon de parler naturelle, je n’y prenois pas garde. Tandis que sans songer à mal, tandis qu’innocemment, sans malice, comme un pauvre mouton, je vous regarde, c’est-à-dire, je m’amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple ; votre œil en tapinois… Que vous semble de ce mot tapinois ? n’est-il pas bien choisi ?

Cathos

Tout à fait bien.

Mascarille

Tapinois, en cachette : il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris, tapinois.

Magdelon

Il ne se peut rien de mieux.

Mascarille

Me dérobe mon cœur, me l’emporte, me le ravit ; au voleur ! au voleur ! au voleur ! au voleur ! Ne diriez-vous pas que c’est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter ? Au voleur ! au voleur ! au voleur ! au voleur !

  1. Ah ! mon Dieu ! que dites-vous ? Ce sont là de, etc.