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passe une partie de son temps à l’écurie, parmi les étalons, dont elle caresse les reins flexibles et la robe luisante de frissons. Elle a toujours, qui la suivent, six énormes molosses blancs, forts et grondants comme des tigres… ce matin, je l’ai vue descendre de cheval, au retour de sa promenade coutumière. Aussitôt à terre, relevant d’un geste vif les pans de sa jupe, et la cravache à l’aisselle, elle a embrassé les museaux fumants de l’étalon. Et comme un peu d’écume de la bête lui était resté, dans ce baiser, près des lèvres, elle l’a avalé, d’un coup de langue, avec une sorte de gourmandise voluptueuse. Et j’ai cru voir passer, dans son œil clair, les farouches désirs de Pasiphaé… »


Le soir, je dînais au Casino, invité par Clara Fistule. Il y avait parmi les convives un comédien russe, du nom de Lubelski. Naturellement, nous parlâmes de son pays. Et comme j’avais l’esprit tout chaud encore de la lettre de mon ami Ulric Barrière, je crus devoir poser à l’homme bien informé, et je contai mille anecdotes. M. Lubelski ne disait rien. De temps en temps, il approuvait ce que je disais, par de légers mouvements de tête. Après le dîner, comme il avait beaucoup bu, sur une interpellation de Clara Fistule, voici ce qu’il dit :

« J’ai beaucoup connu l’empereur Alexandre III. C’