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LE THALABA

sant du plaisir attaché à la propagation de l’espèce et en négligeant le but de cet attrait ; ainsi nous avons séparé la fin des moyens, et l’impulsion de la nature, prolongée par les efforts de notre imagination, nous a pressés, sans égards pour les temps, les lieux, les circonstances, les usages, le culte, les coutumes, les lois, toutes les entraves enfin que l’homme s’est données ; elle n’a pas consulté davantage la coutume des états et des âges, car les vieillards deviennent continents, mais rarement chastes.

Cette manière d’éluder les fins de la nature a eu différents principes : la superstition, qui de son masque hideux, a couvert presque tous nos vices et nos folies ; diverses causes morales ; la philosophie même.

Des hérétiques en Afrique s’abstenaient de leurs femmes, et leur pratique distinctive était de n’avoir aucun commerce avec elles. Ils se fondaient, 1° sur ce qu’Abel était mort vierge, et prirent le nom d’Abéliens ; 2° sur ce que saint Paul prêchait qu’il fallait être avec sa femme comme si l’on n’en avait point[1]. Aucun délire superstitieux ne saurait étonner ; mais l’abus de la philosophie à cet égard est bien singulier : c’est l’ouvrage des Cyniques.

Il est bizarre que des hommes instruits, et d’une raison exercée, ayant voulu transporter dans la société les mœurs de l’état de nature, n’aient point aperçu, ou se soient peu souciés du ridicule qu’il y avait à affecter parmi des hommes corrompus et délicats la j rusticité des siècles de l’animalité. Des femmes même, séduites par une philosophie si grotesque, ou plutôt par l’amour qu’inspiraient les auteurs de cette doc-

  1. Aux Corinth., VII, v.29.