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BALLADE DU CELIBATAIRE

Toute sa vie, âge adulte compris,
Peut-on n'aimer qu'une seule personne ?
— Ma question a sans doute surpris.
Qui la croira sérieuse ? Personne.
L’homme avisé dans plus d’un champ moissonne !
Puisqu’on obtient beaucoup en promettant,
Jurez à qui vous charme pour l’instant
Amour sans fin ; sot qui s’en fait scrupule ;
Mais lui vouloir être toujours constant.
En vérité, n’est-ce pas ridicule ?

Parce qu’on est aujourd’hui fort épris
D’un ange blond aux yeux bleus, — qui soupçonne
Qu’il faille avoir les brunes en mépris ?
À cette idée insensée on frissonne !
— Quoi ! si la blonde, alors que l’heure sonne
De se prouver sa tendresse, prétend
Attendre encore, il faut en l’écoutant
Croire un démon devant qui tout recule
La brune enfant... qui n’hésite pas tant ?
En vérité n’est-ce pas ridicule ?

Certains naïfs, n’attachant aucun prix
À des faveurs que sans contrat l’on donne,
S’en vont grossir le nombre des maris
Dès qu’un tendron leur résiste où sermonne !