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LES PAUV' P'TITS FIEUX

Ils n’ont pas d’dab et pas d’dabesse,
Jamais ils ne r’çoiv’nt un’ caresse,
Jamais un baiser sur les yeux,
        Les pauv’ p’tits fieux.

On les voit errer dans les rues,
Le grimpant troué, les fess’ nues,
Couverts de haillons, tout pouilleux,
        Les pauv’ p’tits fieux.

La nuit, ils quitt’nt les plac’s publiques,
Pour n’ pas s’ fair’ coffrer par les fliques ;
Ils n’ roupill’nt jamais dans des pieux,
        Les pauv’ p’tits fieux.

Chaqu’ jour, dans l’ruisseau, sur leur route,
S’ils peuv’nt trouver un’ mauvais’ croûte,
Ils sont triomphants comm’ des dieux,
        Les pauv’ p’tits fieux.

Lorsque leur faim est moins vivace,
Ils vont alors à la Wallace ;
Un bon coup d’ lanc’ les rend joyeux,
        Les pauv’ p’tits fieux.