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nankin et l’habit rayé[1] ; les cheveux poudrés, relevés en ailes, donnaient l’idée d’un rentier d’une aisance médiocre, le type même que Robespierre avait en esprit : L’homme de trois mille livres de rentes (ce serait cinq mille aujourd’hui). Il répétait souvent ce mot : « Il ne faut pas qu’on ait plus de trois mille livres de rentes. »

Au premier coup d’œil, on eût soupçonné que ce rentier tenait encore à l’Ancien-Régime sous quelques rapports, ce qui était vrai. Ses habitudes étaient toujours celles de l’ancienne robe, raides et guindées. Toutes les naïves enfances de l’esprit révolutionnaire (le bonnet de l’égalité, le tutoiement fraternel) lui étaient insupportables ; longtemps il parvint à les empêcher de s’établir aux Jacobins, comme choses inconvenantes. La décence d’abord, la tenue d’abord. La sienne était moins d’un tribun que d’un moralisateur de la République, d’un censeur impuissant et triste. Il ne riait guère que d’un rire aigu ; s’il souriait de la bouche, c’était d’un sourire si triste qu’on le supportait à peine ; le cœur en restait serré.

Il avait l’idée, juste au fond, que si l’on fondait la statue de la Révolution moitié d’or, moitié de boue, la boue emporterait l’or, et tout tomberait par terre. Comment empêcher ce mélange, avec le triste héritage de l’ancienne société ? Comment distinguer l’or du patriotisme et de la vertu,

  1. Successeur de l’habit olive, prédécesseur du célèbre habit bleu de ciel qu’il porta à la fête de l’Être suprême.