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peuple. Marat, fort imitateur, savait parfaitement qu’en 1788 le Marat belge, le jésuite Feller, avait tiré grand parti pour sa popularité d’avoir élu domicile à cent pieds sous terre, tout au fond d’un puits de houille.

Robespierre n’eût pas imité Feller ni Marat, mais il saisit volontiers l’occasion d’imiter Rousseau, de réaliser en pratique le livre qu’il imitait sans cesse en paroles, de copier l’Émile d’aussi près qu’il le pourrait.

Il était malade, rue Saint-Florentin, vers la fin de 1791, malade de ses fatigues, malade d’une inaction nouvelle pour lui, malade aussi de sa sœur, lorsque Mme Duplay vint faire à Charlotte une scène épouvantable pour ne pas l’avoir avertie de la maladie de son frère. Elle ne s’en alla pas sans enlever Robespierre, qui se laissa faire d’assez bonne grâce. Elle l’établit chez elle, malgré l’étroitesse du logis, dans une mansarde très propre, où elle mit les meilleurs meubles de la maison, un assez beau lit bleu et blanc, avec quelques bonnes chaises. Des rayons de sapin, tout neufs, étaient alentour, pour poser les quelques livres, peu nombreux, de l’orateur ; ses discours, rapports, mémoires, etc., très nombreux, remplissaient le reste. Sauf Rousseau et Racine, Robespierre ne lisait que Robespierre. Aux murs, la main passionnée de Mme Duplay avait suspendu partout les images et portraits qu’on avait faits de son dieu ; quelque part qu’il se tournât, il ne pouvait éviter de se voir lui-même ; à droite, à gauche,