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comme tant d’autres, il n’avait guère de parti que sa sûreté. Un ami de Robespierre traversa la salle et vint lui dire à sa place : « Vous croyez la Révolution finie, et vous vous trompez. Le parti le plus sûr est celui qui a le plus de vigueur et de force contre les ennemis de la liberté. »

Pour ébranler ainsi la droite, le centre, par menace ou douceur, par des conseils de prudence ou des prophéties menaçantes, l’émeute ne lui valait rien. Il fallait que les Jacobins, modérés, disciplinés dans la violence, pussent servir d’intermédiaire entre l’Assemblée et la rue, effrayer et rassurer tour à tour la Convention.

Sa grande affaire était donc de discipliner les Jacobins, chose assez difficile, avec l’invasion de barbares que la société venait de subir. La discipline politique ne tient pas peu aux habitudes de décence et de tenue, lesquelles expriment ou simulent les bonnes habitudes morales. Robespierre, quelle que fût l’autorité de ses discours, ne pouvait rien à cela que par son exemple. Nulle parole n’y suffisait ; mais sa tenue personnelle, sa vie connue, l’atmosphère d’honnêteté qui l’entourait, prêchaient, commandaient la moralité, au moins extérieure.

En ce sens, on peut dire qu’il n’était guère d’acte de sa vie privée qui ne fût aussi un acte de sa vie politique. Ses discours ont été peut-être la moindre partie de son influence. L’impression muette d’une personnalité arrangée si fortement était plus efficace encore.