Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/82

Cette page a été validée par deux contributeurs.


reuses de salut public qui eussent coûté quelque chose à son cœur ou à la pureté de son caractère. S’il y avait quelque mauvaise besogne machiavélique à faire, ils aimaient mieux la faire sans lui, pour ne pas gâter leur dieu, qu’elle fût ou non conforme à sa politique réelle. Il ne manquait pas de gens pour les dévoyer ainsi, les porter au delà de Robespierre même, des gens de lettres de la pire espèce, des artistes adolescents, rapins affamés, qui jouaient la frénésie, de très près d’après David ; tel est devenu depuis pair et baron de l’Empire.

Le fanatisme sincère, si peu éclairé des uns, la violence vraie ou simulée des autres, la concurrence de fureur qui était entre eux, chacun voulant primer l’autre en colère patriotique, rendaient la société (toute disciplinée qu’elle semblait) très difficile à manier. Elle sortait souvent de la mesure que comportait le moment. Robespierre avait profité de la terreur de septembre pour faire l’élection de Paris. Il lui convenait assez que la Convention gardât quelque reste de terreur, qu’elle redoutât l’émeute, mais point du tout que l’émeute partît des Jacobins mêmes.

Le degré d’intimidation qu’il voulait se contenter d’exercer sur l’Assemblée est très bien caractérisé par un mot qu’il fit dire au représentant Durand de Maillane, dès les premières séances de la Convention. Celui-ci, prêtre, canoniste gallican, timide entre les timides, il le dit lui-même, s’était assis à la droite, près de Pétion. Robespierre comprit parfaitement que le pauvre homme avait peur de la Montagne, que,