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rencontrer sur un terrain neutre, mais toujours au champ de bataille, ou à la Convention, ou aux Jacobins, toujours sous les yeux des tribunes, avec le masque officiel, dans la tenue obligée de gladiateurs politiques. Tout espoir d’accord entre les partis cessait. Tout gouvernement par la Convention elle-même était impossible. Elle allait être obligée d’agir par des comités, de petits groupes que les Jacobins influenceraient, domineraient, ou qui, sortis des Jacobins, deviendraient, comme il arriva, les tyrans de l’Assemblée.

Que faisait pendant tout ce temps Robespierre ? Rien et toujours rien, du moins ostensiblement. Durant cette exécution, cet acte de dure pression que les Jacobins exerçaient sur l’Assemblée, il faisait le mort. Résurrectionniste habile, il avait profité du 2 septembre et des élections de Paris transportées aux Jacobins pour galvaniser la société, la remettre sur ses jambes. Mais une fois relevé ainsi, relancé dans la vie et l’action, l’être singulier voulait croire qu’il allait tout seul, monté sur Collot, Chabot, n’importe, mais non pas sur Robespierre. Le fonds propre au Jacobin, par-dessous son patriotisme, très vrai et sincère, c’était (Robespierre le savait bien par lui-même), c’était l’orgueil et l’envie. Si, dans ces commencements l’habile restaurateur de la société, à qui elle devait tant, n’eût pris des précautions extraordinaires pour se faire moindre, se tenir sur le second plan, paisible et muet, le Jacobin, pour coup d’essai, eût fort