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mettre en avant, de prendre même pour président, dans ces jours de crise, un homme trop connu de la population parisienne, dont le nom seul disait beaucoup, qui ne se montrait jamais que dans les jours les plus sinistres, l’homme noir du 5 octobre, la lugubre figure du juge de l’Abbaye.

Les Jacobins ne pouvaient plus rester inactifs. Il fallait qu’ils sauvassent les violents de leur propre violence qui les eût perdus, amenant, non un massacre, mais peut-être quelque assassinat. Robespierre devait d’ailleurs se hâter de rendre à la société l’avant-garde de la Révolution qu’elle se laissait ravir. Lui-même, peu de jours auparavant, il s’était quelque peu compromis par sa modération, défendant la Convention contre l’amère invective d’un juge révolutionnaire qui était venu dénoncer l’Assemblée aux Jacobins. Il fît, le 26 au soir, à la société le discours le plus belliqueux qu’il eût fait jamais. Dans la nécessité de regagner par la violence des paroles le terrain qu’il avait perdu, il sortit de son caractère, dit des choses étonnantes qui confondirent ses amis. Ce fut la colère d’Achille. Il déclara que si le peuple n’était pas en insurrection contre les députés corrompus, « il s’y mettrait à lui seul ». La société ne rit point ; elle se leva tout entière contre les députés corrompus et se déclara en insurrection.

Dans ce discours colérique, parfaitement calculé pour la foule des Jacobins, Robespierre trouvait pourtant moyen d’indiquer ses vues véritables, de menacer et d’ajourner. Il s’adressait à l’arme la plus