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ni dans l’universalité encyclopédique de Condorcet.

Et l’initiative, l’ordre, le commandement dans les moments décisifs ? Impossible, on le comprend.

En octobre, par exemple, les Girondins étaient très forts sur le pavé de Paris. La majorité des vainqueurs du 10 août, Marseillais, Bretons ou autres, leur étaient encore favorables. Les nombreux fédérés, appelés de toutes parts, ne juraient que par la Gironde. Le Marseillais Granier, vaillant homme, qui le premier entra hardiment aux Tuileries pour gagner les Suisses et les sauver (lui-même il fut près d’y périr), s’était déclaré, en octobre, ennemi juré de Marat. Tels étaient aussi les sentiments du bataillon des Lombards (celui qui fit la première ligne à la bataille de Jemmapes). Tout cela était, en octobre, sous la main de la Gironde, et elle n’en sut rien faire. Les fédérés furent gagnés par les Jacobins ou ils s’écoulèrent : Granier, par exemple, s’en alla comme lieutenant-colonel à l’armée de Savoie, le bataillon des Lombards alla à celle du Nord. Dans l’hiver, la Gironde regretta trop tard d’avoir laissé perdre ces forces ; elle ne sut pas maintenir ce qui lui restait de fédérés dans le même esprit.

De cette incapacité absolue pour l’action, de cette impuissance d’aboutir aux résultats, il arrivait une chose, c’est que les esprits vains et chimériques (Louvet, Fauchet, Brissot même) devenaient plus vains, se livraient à leurs romans, suivaient plus étourdiment encore telle lueur ou telle autre. Le grand esprit de Vergniaud, plus loin de la terre et