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adopta la fille du mort, ordonna qu’il aurait l’honneur insigne, unique, d’être enterré sur la place même du Carrousel, en face du palais qu’il avait foudroyé. Lazouski, l’homme de l’Évêché, l’homme du mouvement du 10 mars, placé à perpétuité devant la Convention, n’était-ce pas pour celle-ci comme une menace muette ? une attente d’insurrection ?

L’Évêché fut singulièrement fortifié par cet événement populaire. Les Jacobins, qui avaient souvent condamné sa violence, lui donnèrent la main sans hésitation. Robespierre fit, au sein de la société, un éloge funèbre du grand patriote.

La Commune, à son tour, voyant cette union nouvelle des Jacobins et de l’Évêché, se confia à celui-ci. Elle en fit le centre des comités qui se chargeaient, au nom des sections, de lever l’emprunt forcé. Les comités qui devaient répartir les secours promis aux nécessiteux s’y réunissaient aussi.

Le premier essai de violence contre la Convention fut une émeute de femmes (18 mai). On leur fit croire que la rareté du pain était l’œuvre de la Gironde ; elle voulait, disait-on, affamer le peuple, le mater et le dompter par l’excès de la misère ; les Girondins accaparaient le pain pour le jeter dans la Seine. Les femmes assiégèrent l’Assemblée ; on se battit à la porte et dans les tribunes.

« Vous le voyez, dit Isnard, on veut la dissolution de l’Assemblée… Ceci est un complot de Pitt… » — Marat, à cette folie, répond par une autre ; il soutient que la Gironde est amie de la Vendée.