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croyant gouvernée uniquement par Robespierre et Marat.

La plupart alléguaient pour excuse à leur changement d’opinion l’horreur qu’inspiraient septembre et la création du tribunal révolutionnaire. Ils n’osaient blâmer tout haut le jugement de Louis XVI ; mais, peu à peu, ils commençaient à haïr moins les royalistes. Plusieurs le devenaient, les marchands surtout, à mesure qu’ils faisaient de mauvaises affaires. Mille causes avaient tué le commerce, l’émigration, le bouleversement des fortunes, l’inquiétude générale, une cause plus puissante encore, la naissance d’un nouveau commerce, l’agiotage sur les assignats, la vente de l’argent. Tout le monde voulait de l’argent et, pour en avoir, donnait le papier à vil prix. Quiconque avait de l’argent réalisait à l’instant des bénéfices faciles, prenant ce papier au rabais et le faisant recevoir au pair ou par ses créanciers ou par les caisses publiques. La fabrication des petits assignats de cinq francs et au-dessous répandit partout l’agiotage, dans les moindres villages mêmes. Il n’y eut plus d’autre trafic.

Ce n’est pas tout. Le jour où la guerre est déclarée à l’Angleterre, à la Hollande, les banques étrangères se ferment à la France. Nos grandes cités commerçantes, Lyon, Bordeaux, Marseille, frappées au dedans, sont comme murées au dehors, ensevelies pour ainsi dire dans l’excommunication financière de l’Europe.

Tout ceci part du 1er février, jour de la déclaration