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n’ont pas moins absous le général Miranda qui n’avait de patrons, de défenseurs que les Girondins, en ce moment perdus eux-mêmes. Ils accueillirent, innocentèrent, honorèrent l’homme même de leurs ennemis, le client de Brissot et de Pétion. Ils dédommagèrent l’infortuné patriote, qui s’était donné à la France, des calomnies de Dumouriez.

Marat n’avait pas même daigné se laisser arrêter, ne voulant pas, disait-il, donner à ses ennemis la facilité de se débarrasser par le poison ou autrement d’une tête sur laquelle reposait le salut du peuple. L’affaire resta là douze jours. Ce fut lui qui pétitionna pour être jugé. Il l’obtint et, pour la forme, passa une nuit en prison ; plusieurs membres de la Commune s’y étaient enfermés avec lui pour veiller à sa sûreté. Ils avaient apporté de l’eau dans des carafes cachetées et goûtaient les plats.

Le 24 avril, jour du jugement, toute la foule des faubourgs se mit en mouvement, émue et pleine de craintes pour ce pauvre Ami du peuple, cruellement poursuivi par les intrigants, les hommes d’État. Tous criaient : « On veut sa vie, on veut le faire périr… Nous ne le souffrirons pas. »

Marat nageait dans les roses ; une vanité délirante était épanouie sur sa large face jaune. « Vous voyez, dit-il modestement au tribunal, le martyr, l’apôtre de la liberté. » Il profita de l’accusation pour débiter une histoire de son héroïque vie, des services qu’il avait rendus au genre humain, depuis l’époque où pratiquant la médecine à Londres, il avait publié