Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/483

Cette page a été validée par deux contributeurs.


vaincue, sinon par la trahison. Elle tomba dans une maladie effroyable, celle de tout suspecter, de ne voir plus que des traîtres, de se croire traître elle-même. Une sombre nuit commence où la France, de sa main droite, va saisir, blesser la gauche et croit blesser l’ennemi.

Voici, en deux mots d’abord, tout le mois d’avril :

La Vendée n’est plus une jacquerie, une vague insurrection. Elle prend corps, devient une armée. Elle n’a plus dans son sein un seul soldat républicain ; elle se ferme, elle est chez elle.

Et la France, au contraire, est ouverte à l’ennemi. Les Autrichiens, les Anglais marchent sur Dampierre.

Celui-ci, au camp de Famars, devant Valenciennes, n’a plus que vingt-quatre mille hommes… Voilà ce qui couvre la France.

La France, elle se contracte, elle s’impose et subit la plus terrible dictature qui fut jamais, celle de l’arbitraire local ; cinquante mille petits comités révolutionnaires de sections, se saisissent du droit absolu d’inquisition, de réquisition, du droit de requérir tout homme, tout argent, toute chose.

L’immense majorité voulait la Révolution, mais ne voulait pas assez.

Pour la faire vouloir vraiment et persévérer, il fallut organiser, en pleine anarchie, un gouvernement violent de minorité.

C’est le fond de 1793. Plût au ciel que nous pussions en rester là, sans dire les moyens qu’employa la minorité !