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des tribunes. La Convention, indignée, ordonna qu’on envoyât à toute la France le rapport contre Marat. Elle eût voté certainement la convocation des assemblées primaires, si la Gironde elle-même, croyant gagner encore en force, n’avait demandé, par Buzot, que la discussion fût remise au lundi suivant.

La Convention, en décrétant l’envoi aux départements, avait pris la France à témoin. Le soir même, la société jacobine, d’accord avec la Commune, travailla fortement Paris… Une adresse fut rédigée, sous le nom de la Commune, non vaguement incendiaire contre la Convention, mais précise et dirigée contre les seuls Girondins ; pièce vraiment jacobine, très artificieuse et calculée, d’une modération meurtrière, où la violence contenue ne reculait que pour frapper.

Elle reculait, je veux dire, retirait les paroles imprudentes qui avaient fait condamner Marat, déclarant tout au contraire : « Que la majorité de la Convention était pure, assurant qu’on ne voulait nullement suspendre l’action de la machine politique », déclinant enfin toute idée d’anarchie.

« Mais la révocabilité des mandataires infidèles, n’est-ce pas pour le peuple un imprescriptible droit ?… Le temple de la Liberté serait-il comme ces asiles d’Italie où les scélérats trouvent l’impunité, dès qu’ils y mettent le pied ? »

Les scélérats étaient vingt-deux représentants nommés dans l’adresse. L’énumération de leurs