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La société, justement parce qu’elle se répandait, entrait dans les places, dans l’administration, devenait faible à son centre. Elle n’avait plus au même degré l’initiative révolutionnaire. Elle essaya de faire de la vigueur à tout prix, frappa en différents sens. Le 1er, elle prend pour président l’apôtre de l’anarchie, Marat. Le 3, par Marat, elle improuve l’anarchie de l’Évêché. Exclue le 6 du Comité de salut public, elle emploie, du 7 au 15, ces mêmes anarchistes qu’elle vient de réprimer ; elle s’en sert pour faire rédiger des pétitions furieuses, elle ne veut plus s’arrêter qu’à la ruine de ses ennemis.

On sait comment se montait cette machine de pétitions. Les délégués des Jacobins, les meneurs des sections, assuraient dans chacune d’elles que la pétition était déjà approuvée de toutes les autres. Si l’on refusait de signer, ils revenaient aux heures avancées de la nuit, où peu de gens s’y trouvaient, fatigués et endormis. Ils en avaient bon marché, leur faisaient décider que la section signerait. Refusait-on le lendemain ? « Signez, mauvais citoyens, autrement vous n’aurez point de certificat de civisme, point de carte pour circuler dans Paris, point de laisser-passer pour aller à vos affaires. » Pour établir cette terreur, ils avaient eu la précaution de faire décider qu’on changerait les cartes civiques. Avec cette seule mesure, on pouvait tirer des bourgeois terrifiés toutes les signatures qu’on voulait, les résolutions les plus violentes. Les plus timides se trou-