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Qui proposa-t-il à Charette après Quiberon, lorsque le comte d’Artois, déshonoré, semblait rendre la branche aînée décidément impossible ? Orléans. — On sait la réponse énergique et méprisante que lui fit le Vendéen. Il aima mieux la République et deux balles dans la tête.

Nous croyons d’après tout ceci que dès janvier 1793, Orléans et Dumouriez, c’était la même personne. Compromis sans retour avec les royalistes suspects à la Révolution, ils n’avaient qu’un salut possible et qu’une chance : se faire rois eux-mêmes.

Cela était difficile. Était-ce impossible ? Dumouriez ne le croyait pas.

L’armée aimait Dumouriez ; les troupes de ligne du moins lui étaient fort attachées. Elles avaient de l’estime et de la sympathie pour leur jeune compagnon d’armes, le général Égalité, qui se faisait comme des leurs, était moins leur chef que leur protégé. Sa royauté eût été celle de l’armée elle-même.

Les puissances auraient-elles vu cet arrangement avec peine ? Elles n’avaient pas montré grande sensibilité pour le sort de la branche aînée. L’Angleterre se fût reconnue, eût retrouvé sa propre histoire et ses enseignements dans l’élévation d’une branche cadette. N’a-t-elle pas professé le grand axiome : « Le meilleur roi est celui qui a le plus mauvais titre ? »

Et la France qu’aurait-elle dit ? Elle était déjà bien lasse. Bien des classes, les riches surtout,