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vement, et la terre tremblait. Il commença à croire que l’affaire était sérieuse. Soit prévoyance de père pour la famille qu’il allait laisser, soit prudence militaire et pour emporter des vivres, il se mit à chauffer son four et à faire du pain.

Son neveu arrive d’abord, lui conte l’affaire de Saint-Florent. Cathelineau continuait de brasser sa pâte… Les voisins arrivent ensuite, un tailleur, un tisserand, un sabotier, un charpentier : « Eh ! voisin, que ferons-nous ? » Il en vint jusqu’à vingt-sept, qui tous étaient là à l’attendre, décidés à faire tout comme il ferait. Il avisa alors que la chose était au point ; le levain était bien pris, la fermentation suffisante ; il n’enfourna pas, essuya ses bras et prit son fusil.

Ils sortirent vingt-sept ; au bout du village, ils étaient cinq cents. C’était toute la population. Tous bons hommes, bien solides, une population honnête et brave immuablement, noyau des armées vendéennes, qui presque toujours fit le centre, l’intrépide vis-à-vis du canon républicain.

Ils marchèrent gaillardement vers le château de Jallais, où il y avait un peu de garde nationale, commandée par un médecin. L’officier novice avait une petite pièce de canon, qu’il ne savait pas pointer. Il vint à bout cependant d’en tirer un coup, un boulet, qui ne toucha rien. Avant le second, Cathelineau et les siens se mirent à la course, enlevèrent le retranchement et saisirent la pièce. Grande joie. Ils n’avaient jamais vu ni entendu de