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geau. Tout près, au café Corazza, fut tramée la mort de la Gironde.

La vie, la mort, le plaisir, rapide, grossier, violent, le plaisir exterminateur : voilà le Palais-Royal de 1793.

Il fallait des jeux et qu’on pût sur une carte se jouer en une seule fois, d’un seul coup se perdre.

Il fallait des filles ; non point cette race chétive que nous voyons dans les rues, propre à confirmer les hommes dans la continence. Les filles qu’on promenait alors étaient choisies, s’il faut le dire, comme on choisit dans les pâturages normands les gigantesques animaux, florissants de chair et de vie, qu’on montre au carnaval. Le sein nu, les épaules, les bras nus, en plein hiver, la tête empanachée d’énormes bouquets de fleurs, elles dominaient de haut toute la foule des hommes. Les vieillards se rappellent, de la Terreur au Consulat, avoir vu, au Palais-Royal, quatre blondes, colossales, énormes, véritables atlas de la prostitution, qui, plus que nulle autre, ont porté le poids de l’orgie révolutionnaire. De quel mépris elles voyaient s’agiter aux galeries de bois l’essaim des marchandes de modes, dont la mine spirituelle et les piquantes œillades rachetaient peu la maigreur !

Voilà les côtés visibles du Palais-Royal. Mais qui aurait parcouru les deux vallées de Gomorrhe qui circulent tout autour, qui eût monté les neuf étages du passage Radzivill, véritable tour de Sodome, eût trouvé bien autre chose. Beaucoup aimaient mieux