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celui qui exécute… On ne peut suivre ici les principes ordinaires. »

Ici, une tempête de cris : « Aux voix ! aux voix ! »

Buzot fut alors très beau, éloquent et énergique : « On veut un despotisme plus affreux que celui de l’anarchie. (Ici, des cris furieux)… Je rends grâces de chaque moment de vie qui me reste à ceux qui me le laissent encore… Qu’ils me donnent seulement le temps de sauver ma mémoire, d’échapper au déshonneur, en votant contre la tyrannie de la Convention ! Qu’importe que le tyran soit un ou multiple ? Quand vous avez reçu des pouvoirs illimités, ce n’était pas pour usurper la liberté publique. Si vous confondez tous les pouvoirs, si tout est ici, où finira ce despotisme… dont je suis enfin las moi-même ?… »

Lacroix obtint qu’on passât outre. Et Robert Lindet, l’avocat d’Évreux, tira de sa poche le projet tout rédigé. Lindet, surnommé la hyène, ne méritait pas ce nom ; c’était un avocat normand de l’Ancien-Régime, modéré par caractère, mais de la vieille école monarchique habituée aux jugements par commissions, et qui appliquait sans scrupule aux nécessités révolutionnaires les violentes ordonnances de Louis XIV, celles surtout qu’on fit pour frapper les protestants. Il trouvait toutes préparées dans le vieil arsenal de la Terreur monarchique les armes de la Terreur nouvelle. Il y avait peu de frais à faire, un mot à changer, effacer le mot roi et mettre Convention.

« Neuf juges nommés par la Convention jugeront