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Comme les insectes ou les rats, on devinait leur présence, on ne les trouvait nulle part. Ils trouvaient leur sûreté au fond même de la souricière.

Les patriotes irrités faisaient de temps à autre des razzias aux théâtres, et l’on n’y allait pas moins. Ils en faisaient dans les jeux, qui avaient toujours la même affluence. Tel parfois était arrêté ; les autres n’en étaient nullement découragés. Quand la patrouille était partie, victorieuse et bruyante, après avoir brûlé les cartes, cassé, jeté par les fenêtres les dés ou les dames, on se rajustait bientôt derrière elle, intrépidement on recommençait. « En voilà pour une fois… l’orage est passé. — Si l’on revient, si l’on arrête ?… — Ah ! bah ! ce ne sera pas moi. »

Les émotions trop vives, les violentes alternatives, les chutes et rechutes n’avaient pas seulement brisé le nerf moral, elles avaient émoussé, ce semble, chez beaucoup d’hommes le sentiment qui survit à tous les autres, celui de la vie ; on l’eût cru très fort dans ces hommes qui se ruaient au plaisir si aveuglément, c’était souvent le contraire. Beaucoup, ennuyés, dégoûtés, très peu curieux de vivre, prenaient le plaisir pour suicide. On avait pu l’observer dès le commencement de la Révolution. À mesure qu’un parti politique faiblissait, devenait malade, tournait à la mort, les hommes qui l’avaient composé ne songeaient plus qu’à jouir : on l’avait vu pour Mirabeau, Chapelier, Talleyrand, Clermont-Tonnerre, pour le club de 1789, réuni chez le